» Me Llaman Calle : Pisando baldoza la revoltosa y tan perdida

»  Me Llaman Calle : Pisando baldoza la revoltosa y tan perdida
"Un jour quelqu'un m'a dit que la vie était belle. Aujourd'hui j'aurais envi de lui rire au nez. De lui dire d'ouvrir les yeux. La seule personne qui me permettait de rester accrocher à cette désillusion de bonheur qu'est la vie, c'est Elle. Elle et ses yeux lumineux. Elle et son sourire illuminant. Mais voilà, on me l'a prise. Il y a quatre ans. Comme eux. La vie n'est pas belle. Elle est cruelle."

C.C.

--------------------------------------------------------

Hilarie Burton as "Chick" Cody
Chad Michael Murray as Matthew Cooper


--------------------------------------------------------

Avertissement: Je tiens à prévenir que certaines scènes pourront choquer des personnes. Mon but n'est pas de vous faire fuir, rassurez-vous, mais vu le contexte de l'histoire il y aura quelques scènes qui peuvent scandaliser. J'espère que ça ne vous arrêtera pas et que vous le comprendrez.


# Posté le vendredi 29 février 2008 16:08

Modifié le samedi 06 décembre 2008 11:23

» Mad World : Hide my head I want to drown my sorrow

»  Mad World :  Hide my head I want to drown my sorrow
" Elle est là devant moi. A mes pieds. Allongée. Son corps ne bouge plus. Ses yeux sont toujours ouverts. Leur couleur émeraude ne brille plus. L'étincelle s'est éteinte. Ses lèvres sont bleues et froides. La neige continue à tomber sur nos têtes. Des rires se font entendre au loin. Je la fixe. Immobile. Mon poing se ferme, écrasant cet objet qui semble peser une tonne désormais. Ca ne peut pas être possible. Pas elle. Mes yeux s'embuent de larmes. Pourtant aucunes ne glissent. Elles restent accrochées. Accrochées à cet espoir perdu... "


Je me réveille. Ma respiration est rapide. Tout comme les battements de mon c½ur. J'ai perdu mon souffle. Des gouttes de sueur coulent le long des racines de mes cheveux. Mon corps tremble comme toutes ces nuits où je revis ce moment funeste. Des pleurs ont naquit aux coins de mes yeux. Et comme d'habitude, ils ne tombent pas. Mes joues sont toujours sèches.
Je me relève du lit et passe mes mains dans mes mèches. J'attrape une serviette et essuie ma chevelure. Je fixe mon regard sur mes mains. Elles sont encore parcourues de secousses. Je serre les poings comme pour les stopper. Je n'aime pas paraître comme ça. Paraître vulnérable. Surtout devant un hôte. Je me retourne. Il dort. Il respire bruyamment. Comme à son habitude.
Je me lève. Nue. Je cherche dans la pièce ma robe. Elle est sous ces vêtements à lui. Ca me répugne. Je l'enfile. Elle s'arrête juste au-dessous de mes fesses avec une petite poche. Elle est noire. Sa couleur préférée. J'enfile mes talons. Avant même d'avoir refermée la boucle, la douleur à mes pieds revient. Mes ampoules rougissent. Je me dirige vers la salle de bain. Je fouille les tiroirs. Je prends le flacon et m'asperge tout le corps avec. Je ne veux pas avoir son odeur sur moi. Je me regarde dans le miroir brisé en face de moi. Je suis pâle. J'essaye de sourire mais je n'y arrive pas. Les images de cette nuit sont encore trop présentes dans mon esprit.
Je sors de la pièce. Je m'installe sur le bord de la fenêtre ouverte. Il n'est que onze heures du soir. Pourtant la nuit a pris possession de ce ciel d'hiver d'un vendredi soir. Les lanternes de la rue sont allumées. Parfois, l'éclairage saute, faute d'une surintensité électrique. De nombreuses filles longent le trottoir. Certaines chantent comme si elles n'avaient pas perdues leur innocence. D'autres déambulent tels des fantômes.
Assisse, les jambes croisées, je retire de ma poche un paquet de cigarettes. C'est fou le plaisir que me procure ces cochonneries. Ca me relaxe. Je prends le briquet situé sur le bord de la fenêtre et met le feu à un de ces petits rouleaux de papier. J'en aspire une bouffée me sentant enfin respirer. Je ferme les yeux savourant la caresse de la brise contre ma peau. Savourant ce moment paisible.

Le réveil indique 11 :15. J'écrase mon mégot contre le mur et jette la cigarette au sol, la laissant tomber contre ce plancher usé. Je regarde mon conjoint. Il dort toujours, semblable à un bébé. Je déplie mes jambes, me lève et m'approche du chevet. Je saisi la liasse qui s'y trouve et la fourre dans mon unique poche. Je me déplace vers la porte de sortie. Je l'ouvre et quitte cet endroit repoussant sans un regard en arrière.

Je sors de l'immeuble. Le souffle de l'air joue avec mes cheveux. Je prends une large aspiration d'oxygène qui s'engouffre dans mes poumons. La liberté...Voilà la sensation que j'aimerais posséder. Cet effet qui vous fait croire que vous êtes invincible, que tout est à portée de mains, que rien ne peut vous arrêter. Mais le monde est cruel. Il vous rattrape toujours. C'est un combat inégal où l'atrocité de la société gagne inévitablement. Je m'avance dans cette rue. Cette rue de malheur, de souffrance. Cette voie de la déception, du fracas. Cette rue perdue, sans sortie et fatiguée à force d'aimer. Je continue de marcher. Des véhicules passent. Des sifflets se font attendre. Je n'y fais pas attention. Ils vous disent que vous êtes belles au moment opportun seulement. Ensuite vous redevenez des déchets. Je me déplace le pas lent. Si elle était là, elle me botterait le cul et m'emmènerait chez elle par le bout de l'oreille. Mais elle n'est plus là... Je plisse mes yeux. Autour de moi, des filles aux jupes plus courtes les unes que les autres déambulent en se tortillant essayant de mettre leur forme en valeur. C'est pathétique. Je sais vous vous dites que je suis exactement comme elle. Et vous avez raison. Mais vous ignorez totalement tout de mon existence et la cause qui m'a menée jusqu'ici. Vous ignorez aussi ce mal-être qui m'habite. Alors ne me jugez pas. Pas encore...

Dans cette pénombre, je continue inlassablement d'avancer. Ma démarche est nonchalante. Je ne sais pas où je me dirige. Je m'en fiche. Je sais seulement que comme chaque nuit je ne quitterais pas cette rue. Le ciel est découvert ce soir. Les étoiles sont visibles à l'½il nu. Je me souviens étant petite, je m'allongeais dans l'herbe à la tombée de la nuit. Et elle venait me rejoindre. A l'époque les étoiles se trouvaient dans nos yeux enfantins.
Je fronce les sourcils. Je n'aime pas me ressasser le passé. Mais il revient indéniablement. Devant moi, se trouve une jeune fille blonde. Comme moi. Elle doit avoir l'âge que j'avais quand j'ai commencé ce "métier". C'était il y a quatre ans. Aujourd'hui j'ai vingt-trois ans. Normalement, mon envie d'évasion serait comblé. Je croquerais la vie à pleine dent, ouvrant les bras au monde qui s'offre à moi et qui m'accueille. Une désillusion de plus.
Je me déplace posant un pied devant l'autre. Mon regard rivé vers le sol. Des tas de clopes recouvrent la surface grise et froide. Je souris. Toutes ces filles fument espérant abréger leur malheur. Espérant ne plus se vendre trop longtemps. Quelle naïveté ! La vie est trop cruelle pour nous laisser partir.
Un bruit continue bourdonne mes oreilles. Je relève mes yeux du sol de cette rue que je connais par c½ur. Je scrute l'allée devant moi. Rien. Sauf les habituelles. Je poursuis mon chemin quand une émission sonore anormale surgit. Je tourne mon visage et aperçois, sur la route, un vieux cabriolet rouge roulant à la même allure que moi. Le pot d'échappement crache quelques fumées noires suspectes. J'entends une voix masculine marmonner des jurons. Je m'approche du véhicule et me penche devant la vitre ouverte. Je ne vois pas son visage envahi par les ténèbres de cette soirée.

_ C hick : Je peux vous aider peut-être ?

J'ai dit ces mots d'une voix sensuelle, reprenant mes habitudes. Sur mon visage, c'est formé un sourire. Un faux. Mais eux, trop fier de se croire supérieur ne le remarque pas. Tous.

_ ? ? ? : Enlève ce feint sourire de tes lèvres et monte.

Tous. Sauf lui. Il veut paraître dur mais sa voix est douce. J'ouvre la portière qui grince au passage. Je m'assoie sur ce siège en cuir. La froideur de cette matière me fait frissonner. Je le regarde enfin. Je n'ai le temps de dire quoique se soit qu'il appuie sur l'accélérateur m'emmenant avec lui. Dans cette nuit de décembre. Loin de cette rue. Tel un voleur...


# Posté le lundi 03 mars 2008 05:53

Modifié le vendredi 06 février 2009 15:58

» Hallelujah : It's a cold and it's a broken hallelujah

»  Hallelujah : It's a cold and it's a broken hallelujah
Je suis à côté d'un inconnu dans une voiture plus vieille que moi, sur une route inconnue, depuis vingt minutes. Le paysage défile sous mes yeux à une vitesse hallucinante vu les pétarades que lance ce cabriolet ! Je laisse mon regard déambuler, faisant sembler de contempler ce qui m'entoure ; la neige...je me fiche de ce blanc gai depuis qu'elle m'a quittée dans ce paysage. De temps en temps je lance des regards à mon compagnon. Ces cheveux sont ébouriffés, ses mains se crispent sur le volant en cuir et son visage est dur...ou plutôt marqué par la douleur. Et la fatigue. Oui c'est cela. Il semble vieux et affaibli alors qu'il ne doit pas avoir plus de trois ans que moi. Ses yeux éclairés par intermittence grâce aux phases croisés sont bleu. Comme l'océan obscur où les remous dansent. Ces vêtements font contrastes avec tout le reste : classe, propre, sobre. Qui est-il... ?
Le silence persiste entre nous. Je trouve ça intriguant. On dirait presque qu'il a oublié ma présence, qu'il m'a fait entré dans sa décapotable. Il est dans ses pensées, il fronce les sourcils. C'est étrange comme un étranger peut avoir le pouvoir de vous hypnotiser, de vous captiver...j'aurais presque envie de savoir ses problèmes. Seulement je suis loin de la sociabilité. Bloquée. Enfermée. Voilà ce que je suis désormais. Et le silence me pèse. Cela me fait trop penser à ce jour silencieux et blanc...ce jour où tout est tombé comme ses avions...

_ C hick : Vous savez que le prix augmente à mesure que le temps et les kilomètres passent ?
_ ? ? ? : Ne vous en faîtes pas pour ça...

Il avait répondu du tac au tac avec une voix sûre, ses yeux fixent. Et puis, il avait dit "vous"... . Ca doit vous paraître dérisoire mais c'est quelque chose d'étrange, d'inhabituel. Il ne me prend pas de haut comme tous ces autres. Et ça fait du bien ; de sentir qu'il y a toujours quelque chose d'humain en nous que quelqu'un peut percevoir. Même si ce n'est pas notre cas.
Le calme revient. Interrompu seulement par le bruit incessant du moteur. Je tire sur ma robe, geste nerveux. Je ne sais pourquoi mais cet environnement me met mal à l'aise...ce silence, cette neige au dehors, cet homme.
Peut-être a-t-il perçu mon malaise : il enfonce le bouton "on" de la radio prête à rendre l'âme. Pourtant des notes commencent à sortir et à flotter dans le cabriolet. Des notes de guitare...Je me laisse glisser sur le siège et ferme les yeux. Depuis combien de temps n'avais-je pas entendu de musique? Une musique qui vous prend aux tripes dès le début...une de celles que ma mère me faisait écouter. Je tends les oreilles, les laissant savourer ce son mélodieux, entendre glisser ces paroles sur cette voix...

_ Radio : I heard there was a secret chord ; that David played and it pleased the lord. But you don't really care for music, do you? Well it goes like this the fourth, the fifth. The minor fall and the major lift. The baffled king composing hallelujah...
Hallelujah, hallelujah, hallelujah, hallelujah....


J'ai une impression de flotter...pour mieux tomber. "hallelujah"...un mot qui me fait relever du siège et ouvrir les paupières. Je fixe le paysage défilant, les sourcils froncés. Dieu...qui peut croire en une telle absurdité? Croire en une personne qui déciderait de tout sans qu'on puisse se révolter. Et pourtant j'ai fais parti de ces personnes...oui j'avais la foi. Et puis elle s'est effondrée comme ses bâtiments. Mais un souffle est resté grâce à elle. Pour mieux s'essouffler et me quittait à jamais dans ce parc...Dieu n'est que pure foutaise ! C'est aussi pour cette raison que j'ai choisi ce "métier"...car personne n'est dupe. Toutes les filles ont perdu leur croyance depuis longtemps ainsi que les illusions qui vont avec. Dans ce milieu on ne se laisse pas bercer par la foi. Non, on se laisse bousculer par la vie.

_ ? ? ? : Vous croyez en Dieu ?

Je sursaute presque. Je me tourne et pose mes yeux sur son visage fermé. Je reste bloquée, la bouche entrouverte. La musique continue d'imprégner le cabriolet de ces "hallelujah" dans ce silence. Mon ventre se serre, une boule se formant dedans. Ainsi se pose-il les même questions...que cherche-t-il...

_ C hick : Non je n'y crois pas. Je n'y crois plus.
_ ? ? ? : Oui...vous avez raison. Qui peut décider de la vie des gens, de leurs choix ! Mais s'il existe vraiment comme le prétendent les âmes insouciantes... alors c'est le pire des salopards !

Il ne s'est pas emporté. Non, il avait dit ces mots calmement, presqu'en murmurant pour soi-même. Et moi je suis juste spectatrice de son âme. Et j'en suis toute retournée. C'est la première fois qu'on m'accorde autant d'importance depuis que je suis toute seule. La première fois que les fleurs du jardin de la solitude bourgeonnent.

La voiture passe devant le panneau « Dream Landscape »...l'endroit où les plus romantiques se retrouvent. Alors comme ça il voulait me baisait ici. On avait fait tout ce chemin pour être dans une voiture sur une colline. Plutôt que dans une chambre insalubre...magique !
Il gare la décapotable et coupe le contact. Pourtant la musique persiste. Il se penche en avant, cherchant je ne sais quoi. J'en profite pour m'avancer vers lui, laissant glisser une bretelle de ma robe. Il se retourne et est surpris de la proximité de nos corps. Je m'approche de sa bouche.

_ ? ? ? : Qu'est-ce que vous faîtes ?
_ C hick : C'est ici que tous les jeunes viennent pour...
_ ? ? ? : C'est aussi là, la plus belle vue.

Je me stoppe net et recule. Je plonge mon regard dans le sien, déstabilisée. La vue...Je tourne mon visage et fait face au panorama qui s'offre à moi. A couper le souffle. Un précipice à deux mètres de nous, une ville lumière sous nos pieds et des étoiles. Mon enfance féérique...voilà à quoi je pense immédiatement. Et elle. Lui, sort de la voiture et se pose sur le capot. Je le suis du regard et me décide à sortir. Je m'assoie à côté de lui, frissonnant au contact du métal contre ma peau. Le vent joue avec mes cheveux, mes narines. Je frémis. Cela fait bien longtemps que je ne ressens rien. Et pourtant, à cet endroit, dans cette nuit, mon corps retrouve des sensations.

_ ? ? ? : Je viens ici pour me vider la tête, pour sentir ce vide attirant.

Je ne bouge pas. Je ne parle pas. Pour être honnête, je ne sais pas quoi faire. C'est comme s'il se confiait à moi et pourtant je ne sais rien de lui. Je sens que la situation m'échappe. Et je déteste ça : sentir que tout se barre sous vos yeux sans que vous puissiez agir. Oui, moi, j'aime contrôler le bordel de ma vie ; ne pas subir, ne pas dépendre de quelqu'un. Je suis assez tombé à cause de ma faiblesse, de la futilité des sentiments. Il faut que je me reprenne ! Je décide de faire tomber mon briquet de ma poche, faisant semblant d'être étourdie. Je me penche et sourit tout en prenant mon temps pour ramasser l'objet. Je sais la vue que j'offre en étant ainsi : le bas de mon cul. Je sais ce que je vaux. Personne n'y a résisté jusqu'à présent. Mais pendant quelques instants, je doute. Il n'a toujours pas bougé. Je me relève perdue. C'est à ce moment-là que deux mains se posent sur mes hanches, me soulèvent et me déposent sur le capot. Il m'a prise au dépourvue pourtant j'écarte automatiquement les jambes et lui fait un sourire. Comme si mon corps n'était plus qu'un robot agissant en fonction des hommes. Je me déteste moi-même dans ces moments.
Lui, ne sourit pas. Il n'a même pas ce regard rempli de désir pervers. Non, il reste impassible. Il remonte alors une main le long de ma cuisse et la glisse sous ma robe tandis que l'autre caresse mon dos. Je frissonne. Je tombe ma tête en arrière. Il s'avance et dépose un léger baiser dans mon cou. Il fait ça avec douceur, délicatesse. Puis il descend tout en continuant de déposer des baisers sur différentes parties de mon corps. Il glisse sa main vers le bas de mon dos alors que sa bouche s'engouffre entre mes cuisses. Je brûle. Je m'allonge complètement sur la carrosserie, ses mains sous mes jambes. Pourquoi fait-il ça ? Pourquoi veut-il me faire défaillir ? C'est moi qui devrais être à sa place ! Je devais reprendre la situation et je suis en train de la perdre totalement. Je suis déboussolée à mesure que le désir monte en moi. Je crispe mes doigts sur la tôle. Des cris s'étouffent dans ma gorge. Des cris de plaisir. Il ne faut pas ! Il ne faut pas que je faiblisse, que je me montre vulnérable. Je suis presque en panique et pourtant je ne fais rien. J'entends le bruit de sa braguette à mesure que son visage se retire de mes cuisses. Je tremble. Je ne veux pas. Non, il ne faut pas. Je ferme les yeux. Trop tard. Il me pénètre et s'allonge sur moi. Et j'aime ça. J'arque le dos et mes reins. Il fait des va-et-vient brusques, rapides en moi. Nos corps collés par la sueur. J'entends son souffle saccadé. J'entends mon c½ur battre à toute vitesse. Je ne contrôle plus rien. Il m'a eu. Littéralement et physiquement. Fatiguée de résister, je laisse échapper des gémissements. Je rapproche mes cuisses de mon buste et j'entoure mes jambes autour de sa taille. Appuyant sur son sexe, commençant une danse sur cette voiture, sous le regard de n'importe qui. Mes sens sont tous confus. Et pourtant j'entends toujours la radio.

_ Radio : But remember when i moved in you and the holy dove was moving too. And every breath we drew was hallelujah...
Hallelujah, hallelujah, hallelujah, hallelujah...


Va te faire foutre. Adieu. A dieu.

# Posté le dimanche 20 avril 2008 12:28

Modifié le samedi 06 décembre 2008 11:57

» Rewind : I see innocent blue eyes go blind everyday

»  Rewind : I see innocent blue eyes go blind everyday
" Retourner en arrière. Une chose que l'on souhaite à un moment donné de notre vie.Oui, tout être espère pouvoir effacer une erreur, une parole ou un acte. On escompte contrôler le cours de notre vie. On pense qu'on a le droit d'être heureux. Et c'est ça, le piège. Assez naïfs pour croire que nous maîtrisons une infime partie de nos vies. Et assez réalistes pour savoir que c'est impossible, que la fatalité gagne inévitablement. Et pourtant, nous pouvons nous empêcher de faire ce souhait. Retourner en arrière. "

Le cabriolet roule à allure constante. Lui, assied à côté de moi, regarde la route comme si rien ne s'était passé, calmement. Tout le contraire de moi. Je suis enfoncée dans le siège cuivré, les bras croisés sous ma poitrine. Je fulmine. Je bouillie. Je ne cherche pas à cacher ma colère : je n'ai jamais été douée pour cela. Elle, elle riait lorsque j'agissais ainsi. Tu boudes ? Voilà ce qu'elle me disait avec une moue attendrissante. Et je retrouvais le sourire.
L'autoradio indique 00 :30. Je laisse mon regard déambuler sur la route sombre. Sur ce capot...je le déteste ! Je me déteste ! J'ai horreur de perdre le contrôle de la situation. Et tout m'avait échappé, il y a quelques minutes. J'avais pris du plaisir, au lieu d'en donner. Les rôles avaient été inversés. Perdre le contrôle...oui, c'est ma plus grande peur. C'est celle qui me pétrifie et me paralyse. Laisser les sentiments vous guider, la raison enfouie dans une toute petite case...Une seule fois avait suffit pour que tout dérape. Que tout m'échappe. Je ne veux plus revivre cela : la douleur, l'impression que le sol se dérobe sous vos pieds, l'impuissance...toutes ces choses qui vous engloutissent.
Je me relève et prend une position droite. Je fixe mon conducteur. Toujours aussi impassible. Lui non plus, n'aime pas que la situation lui glisse entre les doigts. Ces habits trahissent son ambition, son self-control. Pourtant, son regard laisse entrevoir une chute...Oui, lui aussi, a vu son contrôle se barrer sous ses yeux. Et maintenant, il essaye de remonter d'un coup la pente. Quel naïf ! Une fois tombé, on ne retourne plus vers le haut. On essaye juste de dominer ce qui reste de notre vie merdique. Une illusion de plus.

La voiture s'arrête. Nous nous trouvons devant un fast-food. C'est ça l'Amérique : parvenir à tous nos besoins à n'importe quelle heure ! Il éteint le moteur et descend. Je fais de même. Le vent frais joue avec mes cheveux. J'aime cette sensation...de liberté. Rien que d'y penser, j'en ai mal au ventre. Je rentre alors le plus vite possible à l'intérieur du restaurant. Il y a seulement cinq personnes assises à une table. Une bande. Ils rient, boivent, s'engueulent, mangent, s'embrassent. J'ai envie de vomir ! Je cours vers les toilettes et m'accoude au premier robinet venu. Ma respiration est saccadée. Je ferme les yeux, essayant de retrouver mon calme. Je pense à elle, à eux...J'ouvre mes paupières. Mon reflet face à moi ; pathétique ! Voilà la première chose qui me vient à l'esprit en me voyant. Il faut que je me reprenne ! Les remords, les pleurs, c'est pour les faibles. Je me passe un coup d'eau sur le visage et pousse la porte des WC. Je vais lui montrer à ce mec de quoi je suis capable ! Je vais leur montrer à tous ! Je ne suis pas une faible, moi. Non, je suis celle qui contrôle à la perfection le bordel qui me sert de vie.
Je cherche du regard mon compagnon. Je l'aperçois, assis à une table. Je m'approche et m'assois face à lui. Il a pris de la nourriture, un peu de tout : des hamburgers, de la salade, des boissons, des biscuits...Oui, tout. Et n'importe quoi. Je ne dis rien. Je sens juste son regard sur moi. Il me dévisage. Pour la première fois de la soirée, je ressens le poids de son jugement. Il ne prononce aucun mot. Je prends un bout de sandwich que j'avale même si l'envie n'est pas là.
J'entends toujours le groupe, leurs rires...

_ ? ? ? : Quel est votre prénom ?

Je m'arrête. Je suis surprise mais je ne le montre pas. Mes faiblesses, je sais les cacher. Peut-être trop...

_ C hick : Quel est le votre ?

J'ai pris un ton malicieux. Il sourit, vaincu. Il ne veut pas se dévoiler. Moi non plus. Je ne veux pas qu'il y est, ne serait-ce qu'un début d'affinité, de connaissance entre nous. Il a voulu jouer, il a voulu contrôler. Il ne s'est pas ce qu'il l'attend.
Il se concentre désormais sur sa salade. Je le fixe. Ses traits sont à la fois durs et fins. Il a connu le bonheur. Il vit l'enfer. Bienvenue ! Je souris. Je domine la situation. Je pose alors mon sandwich. Je tends ma jambe droite. Je touche un de ses genoux. Il sursaute et relève son visage. Ces yeux bleus aciers m'observent, essayant de trouver une réponse à sa question. Je lui souris, charmeuse. Il ne dit rien et replonge son attention sur son repas. Comme si de rien n'était. Il ne m'aura pas ! Je continue de glisser mon pied le long de sa cuisse et arrive à mon objectif. Je le vois se contracter, ses mâchoires se serrent. Je presse mon pied tandis qu'il lâche ses couverts.

_ ? ? ? : Que...cherchez...vous ?

Il articule très mal. Pourtant le jeu ne fait que commencer. Je laisse retomber ma jambe et me lève. Je me penche vers lui et approche mes lèvres de son oreille. Je prends une voix sensuelle, celle que je déteste mais qui m'aide à contrôler.

_ C hick : Je vais aux toilettes...hommes...

Et je le laisse comme cela, en plan, me dirigeant vers la porte des WC.

Je suis assise sur le plan d'un robinet, depuis cinq minutes. Je commence à perdre patience. Mais surtout, je commence à perdre mes moyens. Je ne veux pas que la situation m'échappe. Pas cette fois ! C'est moi qui ai les cartes en mains.
Un grincement m'interrompt. Je fixe mon regard vers la sortie. Une silhouette apparaît. Automatiquement, je fais glisser les bretelles de ma robe le long de mes épaules nues. Quelque fois je me dégoûte. Je m'éc½ure. Je sais qu'elle n'a jamais souhaitée cette vie pour moi...c'est moi qui l'ai choisie. Je le vois, lui. Il s'approche lentement. Il ne sait quoi faire. Ca me fait sourire. Il s'arrête face à moi, ses mains posées sur mes cuisses. Et plonge ses yeux dans les miens. Il semble tellement abattu à ce moment...vulnérable même. Je ne dois pas flancher ! Pas maintenant. Je passe alors une main dans ses cheveux blonds. Ils sont doux. Je me penche et pose mes lèvres sur son cou. Il frémit. Ma langue sort, se promène, rentre. Je colle nos deux corps et continue mes baisers sur sa peau chaude. Je sens ses mains remonter pour se poser sur mes hanches. Il souffle et sans que je ne comprenne, me soulève. Je me retrouve face à lui, debout, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés. Il pose ses doigts sur mes joues rosies.

_ ? ? ? : Ne faîtes pas cela...ça ne sert à rien, ma belle. Arrêter de vous tuez à petits feux.

Je sens les pleurs montés. Ca ne met jamais arrivée. Jamais sans penser à elle. A eux. Je me recule déboussolée, enlevant ses mains violemment. Il m'observe. Mais il n'a pas de pitié. Non, il a juste de la compassion. Ma vue s'embue. Pourquoi faut-il qu'il dise cela ? Pourquoi faut-il qu'il retourne la situation en quelques instants ? Pourquoi faut-il qu'il agisse ainsi ? Comme elle, elle l'aurait fait. Il faut que je sorte ! Je le pousse et ouvre la porte.

Je sors du fast-food, le pas pressé. J'ai presque failli courir. Je ferme les yeux passant mes mains dans mes cheveux. J'essaie de reprendre mon souffle. Qui est-il ? Que cherche-t-il ? Je tremble. De froid. De peur.

_ ? ? ? : Mademoiselle...

Je fais demi-tour et me trouve face à lui. Mon pouls s'accélère. Mes mains sont parcourues par ces foutues secousses. Je le déteste !

_ C hick : Je...je ne suis pas votre mademoiselle ! Ni...ni votre belle !

Je ne contrôle plus rien. La peur, les nerfs, le froid...tout s'est emparé de moi. Même lui.

_ C hick : Vous me faîtes vraiment chier ! Que...que cherchez-vous ? Pourquoi m'avoir fait monter dans votre voiture ? Je...je ne suis pas une demoiselle en détresse ! Je...je ne...suis pas à sauver ! Que voulez-vous ? Vous pouvez pas être un client comme les autres et vous laissez faire baiser ?! C'est si difficile ? Vous...vous cherchez quoi ? A prouvez que vous aussi, vous pouvez donner du plaisir ? Votre femme ne monte pas aux rideaux ?!

Je me stoppe, le souffle coupé. Je suis rouge, je le sens. Lui, n'a pas bougé. Il a juste baissé la tête. Ai-je touchée un point sensible ? Je ne saurais le dire. Je sais seulement que ses yeux se sont assombris. D'un coup.

_ ? ? ? : Je vais payer notre repas.

Puis il repart à l'intérieur du restaurant. Sans un mot de plus. Sans un regard

_ C hick : C'est ça ! Fuyez !

Tremblotante, je cherche mon briquet et mon paquet de cigarette dans ma poche. J'ai besoin de respirer. Je grelotte et ne vois pas très bien. Je touche l'emballage et souffle de soulagement, sentant déjà les bienfaits de cette cochonnerie. J'ouvre le paquet. Vide.

_ C hick : Et merde !

Je jette le carton au sol et donne un coup de pied dans le pneu du cabriolet rouge.
J'ouvre la portière et m'assoie lourdement sur le siège. Je ferme mes paupières avec pour seule musique, le silence. Retourner en arrière. Voilà l'unique chose que j'aimerais faire. Retourner au moment où ce putain de cabriolet s'est arrêté dans cette rue et lui cracher à la gueule cette fois !
Je me laisse glisser le long du fauteuil cuivré. Retourner en arrière...il n'y a pas un seul jour où je ne fais ce souhait. Revenir avec eux, elle. Revenir aux temps où le rire sortait de ma gorge naturellement, où mon âme n'avait pas sombré et où l'insouciance était ma devise. Retourner en arrière...quel putain de souhait !


# Posté le vendredi 13 juin 2008 14:20

Modifié le samedi 06 décembre 2008 12:12